Mohamed Al-Qudwa : Un poète bloqué, une voix qui traverse les frontières
Le festival Livres d’Ailleurs, fait face à une situation complexe suite au blocage de visa d’un poète palestinien, Mohammed Al Qudwa. L’artiste devait participer à plusieurs événements littéraires et culturels en France, notamment à Metz, Dijon et Nancy. Toutefois, il reste bloqué en Égypte depuis plusieurs semaines sans explication claire de la part des autorités françaises.
Sa venue était soutenue par l’Institut français de Jérusalem, qui relève des ministères français des Affaires étrangères et de la Culture. Cependant, le blocage de son visa soulève des interrogations sur une possible divergence entre les décisions des différents ministères impliqués. Des figures politiques locales, dont les maires de Nancy, Metz et Dijon, ont exprimé leur incompréhension et ont interpellé le ministère de l’Intérieur pour obtenir des explications.
La poésie franchit les frontières
Mohammed Al Qudwa n’est pas le premier artiste à voir son parcours entravé par des barrières administratives. Son histoire rappelle celle de nombreux écrivains, musiciens et créateurs qui se battent pour faire entendre leur voix au-delà des frontières. Pourtant, la culture ne peut s’épanouir sans échanges, sans dialogues, sans rencontres.
Hier, lors de la première journée du Livre d’Ailleurs, son absence était palpable. Pourtant, sa voix a réussi à franchir les frontières : il a écrit un poème le jour même, exprimant son ressenti face à cette situation. Ce poème a été traduit en français par Omaima Machkour, permettant ainsi au public de le découvrir dans les deux langues.
Poème en arabe :
عنوان النص: ظلٌّ فوق رصيف الوقت
أحترفُ الإنتظارَ
لأنّي
لا أملكُ غيرَه
ودائمًا ما يُجيبني
باللاشيء.
مرّةً عندما كنتُ طفلًا
انتظرتُ البحرَ
كيّ يهدأ
وأتعلمُ بعدها السباحةَ،
حينَ لَمَسَتْ قَدَميَّ
مياهَ الشاطئِ
تلاشى كأنّه ندىً
فوقَ الزجاج
انتظرَني طيلةَ الليلِ
ولم آتِ
فَرحل.
وأخرى عندما صرتُ شابًا،
انتظرتُ أبي
كيّ أعبرَ الطريقَ معه،
أذكر أنّي كلما احتجتُ
قَطعَ الرّصيفِ
قاطعتُ يدي بإصبعٍ منهُ
كانَ التشققُ فيها
كافيًا، آمنًا
مليئًا بمرادفاتِ الحياة،
لكنّي
منذُ عامينِ فأكثر
انتظرُ عندَ الإشارةِ
دقيقةً أو اثنتينِ،
ولا شيء منكَ يأتي
ولا حتى عينيك.
في الحربِ
انتظرتُ الموتَ كثيرًا.
بحثتُ عن ريحانةٍ
كيّ تغتالني
ونسيمُ رائِحتها فيّ،
لكنّي
لا زلتُ أنتظر.
والآن أترقبُ ذكرى
كيّ أعودَ فيها
وأجلسُ بين مقلتيّ حَبيبتي
كيّ تناولني البحرَ على مهلٍ
وأحتسي من الشاطئٍ موجًا
كلما طَوى شيئًا منهُ
حَدَّثَني عن آخرِ موعدٍ
كنتُ فيهِ أنتظرُكِ
ولم تأتِ.
Poème en français (traduction de Omaima Machkour)
Ombre errante sur le quai du temps
Je suis maître de l’attente,
Car je ne possède rien d’autre.
Et elle, toujours,
Me renvoie au vide.
Un jour, encore enfant,
J’ai attendu que la mer se calme
Pour apprendre à nager.
Mais dès que mes pieds ont effleuré le rivage,
Elle s’est évaporée,
Comme une perle de rosée
Qui, sur la vitre,
Toute la nuit, m’attendait.
Mais n’ayant pas surgi,
Elle s’est éteinte.
Plus tard, jeune homme,
J’ai attendu mon père
Pour traverser la route à ses côtés.
Je me souviens qu’à chaque fois que
Je devais fouler le trottoir,
Ma main s’agrippait à l’un de ses doigts,
Dont les fissures
Me rassuraient,
Et s’animaient des synonymes de la vie.
Mais cela fait deux ans
Que mon attente au feu rouge dure,
Une minute, parfois deux…
Et rien de toi ne vient.
Pas même ton regard.
Dans la guerre,
La mort m’a fait languir.
J’ai cherché un brin de basilic,
Pour qu’il me fende le cœur,
Son parfum, encore en moi,
Mais j’attends toujours.
À présent, je guette un souvenir,
Pour y revenir,
Et m’asseoir entre les yeux de ma bien-aimée,
Qu’elle me serve la mer à loisir,
Que je sirote les vagues
qui, chaque fois qu’elles se retirent,
me parlent
du dernier rendez-vous,
Où je t’ai attendue,
Et tu n’es pas venue.
Mohamed Al-Qudwa : Un poète bloqué, une voix qui traverse les frontières